Publié en mai 2011

Prise de décision éthique

Beaucoup de décisions éthiques sont spontanées. Les dilemmes éthiques exigent toutefois, pour être résolus, une démarche de décision délibérée.

Il y a dilemme quand, dans une situation donnée, il faut choisir entre deux actions différentes qui s’excluent mutuellement. Il s’agit d’un dilemme éthique quand, quelle que soit la décision finale, l’action choisie entraîne des conséquences sérieuses, positives ou négatives, pour le décideur et pour autrui.

 

 

À la base d’un dilemme éthique, il y a un conflit de valeurs qui ne peut être résolu sans qu’il y ait des gains et des pertes. L’objectif de la délibération éthique est de minimiser les pertes et de parvenir à une décision que les personnes concernées pourraient juger raisonnable. La démarche qui permet d’atteindre cet objectif comporte quatre phases :

 

  1. L’inventaire des aspects éthiques et normatifs de la situation

Cette phase permet de prendre conscience des sources de tension présentes dans la situation. Elle exige qu’on relève d’abord les principaux faits :

On explore ensuite la dimension éthique en déterminant, pour chacune des parties concernées, les conséquences positives et négatives les plus probables de A et B. L’inventaire des aspects normatifs s’étend à toutes les normes applicables dans la situation : lois, règles déontologiques, règles du milieu de travail, morale.

  1. La clarification des valeurs

Cette phase permet de déterminer les valeurs qui ont le plus de poids dans la situation et qui, du fait de leur conflit, sont au cœur du dilemme.

Dans ce but, on revient sur les conséquences et les normes inventoriées précédemment afin de nommer et de peser les valeurs qui leur sont associées. Les valeurs partagées, celles qui s’expriment dans des idéaux collectifs, jouent ici un rôle important, car ce sont des critères reconnus pour dire qu’une action est meilleure qu’une autre.

Dans l’exemple cité plus haut, le principal conflit de valeurs auquel Louise doit faire face pourrait opposer deux valeurs jugées très importantes : l’efficience (action A) et la sécurité du public (action B).

  1. La prise de décision raisonnable

Il s’agit d’abord de choisir la valeur qui aura la priorité et de justifier ce choix malgré les pertes qu’il va entraîner.

Pourquoi, dans le cas de Louise, la sécurité du public devrait-elle avoir priorité sur l’efficience? Il faut pouvoir répondre clairement à cette question en donnant des raisons qui ne relèvent ni des émotions ni des préférences personnelles, et que les personnes ou groupes concernés peuvent considérer comme de bonnes raisons.

C’est aussi durant cette troisième phase que l’on décide comment minimiser les pertes pour la valeur qui n’a pas reçu la priorité. Louise peut-elle, par exemple, suggérer d’autres manières de réduire les coûts? Les moyens dont elle a besoin pourraient-ils contribuer à l’efficience?

  1. Le dialogue avec les parties prenantes

La phase de dialogue fournit l’occasion d’expliquer la décision et les raisons qui la justifient. Elle vise le partage de sens et la coopération, plutôt que la persuasion ou le choc des idées.

Le dialogue peut constituer la dernière phase de la démarche de délibération, mais il commence souvent plus tôt, soit parce que le décideur sent le besoin de consulter, soit parce que la décision finale revient à un groupe.

C’est le propre de l’éthique d’être attentive aux conséquences de l’action pour autrui. La démarche de délibération vise une décision que toutes les personnes intéressées pourraient approuver. Elle n’y parvient pas toujours, mais, à coup sûr, une décision fondée sur les seuls intérêts et valeurs du décideur ne serait pas une décision éthique.

La sous-section Test d'une décision éthique présente un outil permettant de vérifier la qualité éthique d'une décision.

 

Références utiles

BOISVERT, Y., « Le processus de délibération éthique », dans Y. Boisvert et al., Petit manuel d’éthique appliquée à la gestion publique, Montréal, Liber, 2003, p. 81-92.

LEGAULT, G. A., Professionnalisme et délibération éthique, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2003, 290 p.

QUINCHE, F., La délibération éthique, Paris, Éditions Kimé, 2005, 437 p.