Publié en mai 2011

Éthique et normes sociales

Comme toute profession québécoise reconnue, l’ingénierie est soumise à un double contrôle :

Comment se situe l’éthique professionnelle par rapport à ces contrôles? L’éthique est un complément nécessaire des normes sociales, tels les lois et les règlements, ces derniers comprenant les codes de déontologie.

Les normes peuvent être considérées comme étant des moyens au regard des fins ou des valeurs à poursuivre en société. Or, c’est sur ces fins et ces valeurs que se concentre surtout l’éthique. En effet, l’éthique, lorsqu’elle est centrée sur ces valeurs et ces fins, complète les normes établies de trois façons :

La promotion de l’esprit des normes

La première dimension de l’éthique par rapport aux normes sera donc de promouvoir l’esprit des normes, leur sens ou les valeurs qu’elles visent.

Par exemple, tout code de déontologie comprend des règles relatives aux pots-de-vin. Ces règles peuvent être vues comme de pures contraintes extérieures que l’on suit comme à regret et pour ne pas se faire prendre. Mais on peut les vivre tout autrement, par exemple parce qu’on a le souci de l’intégrité ou encore pour protéger l’indépendance de ses décisions.

Ce ne sera pas alors la contrainte extérieure qui dominera, mais les valeurs qui sont visées par les normes. Ainsi axé sur les valeurs, un professionnel suivra plus facilement et plus sûrement les normes qui lui sont imposées et il pourra même les dépasser.

Le dépassement des normes

La deuxième dimension de l’éthique par rapport aux normes pousse le membre à aller au-delà de ce qui est imposé pour mieux assurer les valeurs qui les sous-tendent.

À titre d’exemple, prenons l’obligation d’informer le client, prévue dans le Code de déontologie. Les normes reconnaissent le droit du client d’obtenir l’information nécessaire pour lui permettre de bien comprendre les services que lui fournit le membre. Cependant, rien n’oblige le membre à favoriser une véritable communication dans laquelle il pourra mieux déterminer les besoins de son client et, éventuellement, redéfinir son offre de service, peut-être à moindre coût.

Pourtant, quand elle est possible, une telle démarche correspond bien à l’éthique qui devrait inspirer tout professionnel, surtout dans un contexte où la qualité du service au client semble bien devenir une exigence de la pratique de la profession.

La créativité par rapport aux normes

Les normes, même les meilleures, ne couvrent jamais tous les cas où doivent s’exercer les responsabilités professionnelles et sociales. De plus, les normes marquent toujours un retard par rapport à l’évolution des situations.

C’est en particulier le cas dans la situation actuelle, caractérisée par de rapides évolutions technologiques et culturelles. À l’égard, par exemple, du développement de l’informatique ou de la biotechnologie, ou encore du développement de l’écologie et de la conscience environnementale, nous faisons face à un vide juridique et normatif.

Pouvons-nous, dans pareil contexte, accepter un vide éthique? Ce serait désastreux.

C’est sur la conscience humaine que repose alors la responsabilité de jalonner les pratiques et d’esquisser, en définitive, la déontologie et les lois de l’avenir. Il serait irresponsable, dans de telles situations, d’adopter le principe selon lequel « ce qui n’est pas illégal est permis ». Il est plus que jamais difficile de définir ce qui est légal et ce qui est moral ou éthique. Ce n’est pas parce qu’une chose n’est pas encore défendue qu’elle peut être pratiquée, entre autres quand la sécurité, la santé ou même l’avenir de l’humanité sont concernés.

La conscience humaine doit ici jouer le rôle de tête chercheuse des nouveaux comportements ou des nouvelles normes à adopter. Elle est un peu comme le radar d’un avion qui, en l’absence de repères visuels, balaie des repères invisibles pour déterminer la route à suivre.

Ainsi, dans une période de mutation profonde, la conscience humaine doit remettre en question les valeurs, c’est-à-dire les fins de l’existence humaine (l’amour, la justice, la prospérité et même la survie de l’espèce, etc.), pour réinventer ses voies d’avenir. C’est de cette manière qu’elle pourra mettre au service de la société et de l’humanité les nouveaux savoir-faire et les nouvelles technologies, lesquels ont souvent des répercussions sociales et environnementales importantes.