Publié en mai 2011

Dernière modification en août 2026

ANALYSE PRÉLIMINAIRE DES RISQUES (APR)

L’analyse préliminaire des risques (APR) est une méthode qualitative de gestion des risques, menée tôt dans le cycle de vie afin d’orienter les choix de conception, lorsque les informations disponibles sont encore partielles, mais que les choix structurants ne sont pas encore figés.

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Reconnue notamment dans le cadre du «MIL‑STD‑882E — Standard Practice for System Safety (U.S. Department of Defense)», l’APR vise à recenser les dangers ou les situations dangereuses typiques en considérant les caractéristiques d’un ouvrage, notamment :

  • Les matières premières, les produits intermédiaires et finaux, et leur réactivité
  • Les matériaux de construction et les équipements utilisés
  • Le plan d'aménagement du site et des équipements
  • L’environnement où se situe l'ouvrage
  • Les activités d'exploitation de l'ouvrage (ex. : essais, entretien, activités humaines)
  • Les interfaces entre les diverses composantes du système
     

Objectifs

L’APR, souvent utilisée pour évaluer les dangers au début de la vie d’un ouvrage, est appliquée lors des phases de conception ou de R&D et peut être très utile lors de la sélection d’un site pour son installation. Elle est aussi utilisée lors des phases préliminaires des projets pour effectuer les revues de conception avant le développement des plans et devis détaillés de l’ouvrage.

Application

Bien que la technique d’APR soit normalement utilisée dans les phases préliminaires de conception d’un système ou d’un ouvrage où peu d’information sur les risques est disponible, elle peut aussi être utilisée pour analyser les grandes installations déjà en exploitation ou pour hiérarchiser les dangers lorsque les circonstances empêchent l’utilisation de techniques plus élaborées.

Principes et ressources requises

  • Identifier les situations dangereuses 
  • Déterminer les causes et les conséquences des situations dangereuses
  • Relever les barrières de sécurité existantes de prévention et/ou de protection et proposer des améliorations si nécessaire

Une équipe de plusieurs personnes expérimentées évalue les dangers et attribue une cote pour chaque situation particulière. Cette cotation est utilisée pour établir la priorité des recommandations visant à améliorer les barrières de sécurité d’un système ou d’un ouvrage. Des personnes moins expérimentées peuvent effectuer une APR, mais l’étude sera probablement moins exhaustive. L’utilisation de l’APR requiert que les analystes aient accès aux critères de conception du système ou de l’ouvrage, aux spécifications de l’équipement, aux spécifications des matériaux et à d’autres sources d’information concernant le système étudié. Le tableau suivant présente une estimation du temps requis pour réaliser une APR.
 

TYPE DE SYSTÈME PRÉPARATION (animateur) ÉVALUATION RAPPORT (animateur)
Système simple 4 à 8 heures 1 à 3 jours 1 à 2 jours
Système complexe 1 à 3 jours 4 à 7 jours 4 à 7 jours

Estimation du temps requis pour réaliser une APR

Avantages et inconvénients

AVANTAGES INCONVÉNIENTS
  • Identification des dangers les plus importants
  • Phase préliminaire à l’application de méthodes plus fines telles qu’AMDEC ou HAZOP
     
  • Résultat dépendant de l’expérience des analystes
  • Impossibilité de combiner les défaillances
  • Trop large pour caractériser précisément les conditions d’occurrence d’un accident
     

Résultats de l’application

L’APR fournit une description qualitative des dangers reliés à un système ou un ouvrage et une cotation qualitative qui peut être utilisée pour hiérarchiser les situations dangereuses et pour réduire ou éliminer les dangers dans les phases subséquentes du cycle de vie d’un système ou d’un ouvrage. Les résultats obtenus et les recommandations formulées portent sur les sujets suivants :

  • Produits ou équipements
  • Situations dangereuses
  • Causes
  • Conséquences
  • Barrières de sécurité existantes
  • Propositions d’amélioration
  • Observations

Procédure

Une fois les objectifs de l’APR établis, la démarche se déroule en 3 étapes.

  1. Préparer l’analyse

L’équipe collecte l’information pertinente sur l’ouvrage ou le système étudié ainsi que sur des systèmes similaires. Ces informations peuvent provenir de rapports antérieurs, de l’expérience d’exploitation d’équipements similaires et de listes de contrôle. Par exemple, pour une installation de procédés chimiques, les produits, les équipements, les réactions et les paramètres des procédés, les consignes d’exploitation et les exigences de performance doivent être connus pour bien cerner les dangers et le contexte opérationnel.

  1. Effectuer l’analyse

L’analyse vise à identifier les dangers majeurs, les scénarios d’accident plausibles et leurs conséquences, ainsi que les critères de conception ou solutions permettant de réduire les risques. L’équipe d’analyse considère notamment les facteurs suivants :

  • équipements et matériaux dangereux (ex. : combustibles, produits chimiques réactifs, substances toxiques, explosifs, systèmes sous haute pression, etc.)
  • interfaces entre équipements et matériaux pouvant affecter la sécurité (ex. : interaction entre matériaux, système de contrôle et d’arrêt)
  • facteurs environnementaux (ex. : séisme, vibration, inondation, températures extrêmes, décharges électrostatiques, humidité)
  • procédures d’exploitation, d’essai, de maintenance, et d’urgence
  • installations et systèmes organisationnels de soutien (ex. : stockage, équipement pour essais, formation)
  • équipements liés à la sécurité (ex. : systèmes d’intervention, redondance, équipement de protection individuelle)

Pour chaque secteur du système, les dangers sont identifiés ainsi que les causes potentielles des scénarios d’accident découlant de la présence de ces sources de dangers. Habituellement, plutôt que de dresser une liste exhaustive des causes, les analystes produisent un nombre suffisant de causes pour justifier le potentiel d’accident. Les conséquences sont ensuite évaluées selon le pire scénario plausible. Chaque situation potentielle d’accident est classée selon des catégories de sévérité et de probabilité d’occurrence du danger adaptées au contexte, aux valeurs et aux besoins de l’entreprise. Puis les risques sont hiérarchisés à l’aide de la matrice d’évaluation des risques.

  1. Rédiger le rapport et mettre en place les recommandations

Les résultats de l’APR sont habituellement structurés dans un tableau présentant les dangers, les causes, les conséquences, les mesures correctives ou préventives et la catégorie de risque, comme dans l'exemple suivant :

Des informations complémentaires telles que le nom des responsables de l’analyse et du suivi des recommandations peuvent être ajoutées. Le succès de l’analyse repose sur la mise en œuvre effective des recommandations ou de mesures équivalentes.

Le risque résiduel doit être évalué en supposant que ces mesures sont appliquées. Si la réduction du risque est insuffisante, de nouvelles recommandations doivent être formulées et documentées dans la feuille de travail.

Exemple d'une APR

Contexte: Conception d’un système dans lequel l’hydrogène sulfuré (H2S), alimenté à une unité de production, est entreposé dans des cylindres sous pression.

Au moment de l’APR, les analystes ne connaissent que la substance principale du procédé, le H2S, qui a des propriétés toxiques et inflammables et dont l’émanation est identifiée comme situation dangereuse, notamment pour les causes suivantes:

  • fuite ou bris d’un cylindre d’entreposage pressurisé
  • consommation partielle insuffisante du H2S dans le procédé
  • fuite ou bris de la conduite d’alimentation du H2S
  • fuite lors du raccordement du cylindre au procédé

Les analystes déterminent ensuite les conséquences et proposent des recommandations et des critères de conception décrivant les mesures correctives ou préventives pour chaque événement, notamment :

  • Considérer un procédé alternatif qui entrepose des substances moins toxiques utilisées pour générer le H2S au besoin
  • Considérer le développement d’un système pour détruire le H2S non consommé dans le procédé
  • Installer un système de détection et d’alerte d’usine en cas de fuite de H2S
  • Minimiser l’entreposage de H2S sur le site
  • Développer une procédure de raccordement des cylindres considérant les facteurs humains
  • Considérer la construction d’un entrepôt de cylindres de H2S muni d’un système de gicleurs déclenché par des détecteurs de fuite de H2S
  • Placer les cylindres dans un endroit facile d’accès, mais éloigné des zones passantes de l’usine
  • Développer un programme de formation sur les effets du H2S et les procédures d’urgence, pour tous les employés avant la mise en marche des installations, et pour tout nouvel employé

Le tableau résume le travail de l’équipe d’analyse.

Ressources

LIENS ET RÉFÉRENCES DE L'ORDRE

LIENS ET RÉFÉRENCES EXTERNES

  • Norme ISO 31010
  • Guidelines for Hazard Evaluation Procedures, Third Edition, American Institute of Chemical Engineers, 2008
  • U.S. Military Safety Program MIL-STD882E

 


 



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