Publié en mai 2011 

Dernière modification en juin 2026

ÉTABLIR LE CONTEXTE

Fixer les objectifs et la portée de l'étude (étape 1)

Généralement, les objectifs spécifiques ciblés par l’analyse de risques varient en fonction de la phase du cycle de vie des équipements, des systèmes ou des installations à l'étude. Quelques exemples sont énumérés ci-dessous.

Phase d'identification de concept, de conception ou de développement Phase de construction, d’installation, d’exploitation ou d’entretien Phase de mise au rebut ou de mise hors service
  • Identifier les principaux éléments qui contribuent au risque ainsi que les facteurs significatifs associés
  • Fixer les critères de conception et estimer l’adéquation de la conception globale
  • Identifier et évaluer les mesures de sécurité possibles au niveau de la conception
  • Fixer les critères pour l’estimation du caractère acceptable des installations, activités ou systèmes potentiellement dangereux
  • Rassembler des informations permettant d’aider le développement de procédures pour les conditions normales et d’urgence
  • Évaluer le risque relatif aux prescriptions réglementaires 
  • Évaluer des alternatives de conception selon l'ampleur du risque
  • Surveiller et évaluer l’expérience acquise afin de comparer le niveau de performance réel aux objectifs
  • Fixer les critères pour optimiser les procédures de fonctionnement normal, d’entretien et d’urgence
  • Mettre à jour les principaux éléments contribuant au risque et les facteurs d’influence
  • Documenter le niveau du risque pour une prise de décision opérationnelle
  • Évaluer les effets des modifications de structure, d’organisation, d’usage, de procédures opérationnelles et de composantes du système
  • Cibler les efforts de formation
  • Évaluer le risque relatif aux activités de mise au rebut et s’assurer que les exigences correspondantes peuvent être remplies
  • Fournir des données d’entrée aux procédures de mise au rebut

Définir clairement la portée de l’étude des risques permet de guider le travail d’analyse et réduit ainsi les possibilités que les résultats soient facilement remis en question. Pour ce faire, il est souhaitable de définir et de formuler le domaine d’application de l’analyse de risques afin de produire un plan d’analyse de risques dès le début du projet.

Définition du domaine d'application

Il est souhaitable d’inclure les éléments suivants dans la définition du domaine d’application des risques :

  • la description des raisons ou des problèmes à l’origine de l’analyse de risques
  • les objectifs de l’analyse des risques, sur la base des principales préoccupations identifiées
  • la définition du système à analyser
  • les sources d’information
  • les sources permettant d’obtenir les détails des aspects techniques, environnementaux, légaux, organisationnels et humains concernant l’activité et le problème à analyser. Il y a lieu, en particulier, de décrire également tout aspect sécuritaire
  • les hypothèses et les contraintes régissant l’analyse
  • les décisions à prendre, le niveau d’autorité requis et le résultat visé de l’étude

La définition du domaine d’application de l’analyse devrait idéalement comporter une familiarisation technique approfondie avec le système analysé, en tant qu’activité planifiée. Par exemple, en organisant une visite des installations.

La définition précise du système faisant l’objet de l’analyse est primordiale. Il s’agit d’identifier, sans ambiguïté, les limites de l’étude (la portée). Par exemple, définir si l’analyse de risques est menée à l’échelle du site, d’une installation ou de certains équipements. Cette définition permet notamment de limiter la description du système aux informations essentielles au champ de l’étude.

À cette étape, l’objet de l’analyse peut être subdivisé en sous-systèmes logiques pour en faciliter l’analyse.

Choisir la méthode d'analyse (étape 2)

Il existe plusieurs méthodes dont le choix sera fonction des objectifs et de la portée fixés pour l’étude à l’étape précédente. De manière générale, une méthode appropriée possède les caractéristiques suivantes :

  • elle est scientifiquement défendable et applicable au système considéré
  • les résultats obtenus se présentent sous une forme permettant une meilleure compréhension de la nature des risques et de la manière dont ils peuvent être contrôlés
  • elle peut être utilisée par divers analystes de telle sorte qu’elle soit retraçable, reproductible et vérifiable

➜ Consulter la section Méthodes d'identification des dangers et d'analyse des risques 

Il est aussi souhaitable de justifier le choix de la méthode en tenant compte de sa pertinence et de sa convenance. En cas de doute quant à la pertinence et la convenance d’une méthode, il est recommandé d’en utiliser une autre et de comparer les résultats obtenus. Lorsqu’il s’agit d’intégrer les résultats de diverses études, il est essentiel que les méthodologies et les données obtenues soient compatibles.

Il existe un grand nombre d’outils dédiés à l’identification des dangers et l’analyse des risques associés à un procédé ou une installation. Voici quelques-uns des outils les plus fréquemment utilisés dans l’analyse de risques. Ces outils, leurs domaines d’application ainsi que les critères détaillés pour choisir adéquatement la bonne méthode sont spécifiés dans la section Méthodes d'identification des dangers et d'analyse des risques.

ANALYSES QUALITATIVES ANALYSES QUANTITATIVES
  • Analyse préliminaire de risque (APR)
  • Analyse par liste de contrôle
  • Analyse par « Et si? »/ Liste de contrôle
  • Étude HAZOP
  • Analyse des modes de défaillance, de leurs effets et de leur criticité (AMDEC)
  • Analyse par arbre de panne (AAP)
  • Analyse par arbre d’événements (AAE)
  • Risk Management Program, U.S.A Environmental Protection Agency (RMP)/Conseil pour la réduction des risques (CRAIM)
  • Analyse quantitative de risques (QRA)
  • LOPA (Layers of protection Analysis), méthode semi-quantitative

Constituer l'équipe d'analyse (étape 3)

Les membres de l’équipe d’analyse doivent disposer des compétences nécessaires pour entreprendre la tâche qui leur est confiée, car la qualité de l’analyse de risques dépend fortement des compétences du groupe qui la réalise.

De nombreux systèmes sont trop complexes pour être analysés par une seule personne et nécessitent de constituer un groupe d’analystes pour effectuer le travail d’analyse.

Il est primordial que l’individu ou le groupe de travail soit familier avec la ou les méthodes d’analyse de risques retenues et dispose des connaissances approfondies du système ou de l’ouvrage analysé. Le cas échéant, il est nécessaire de recourir à une expertise supplémentaire. Le niveau de compétence du groupe de travail doit être clairement défini et documenté (ex. : qui fait partie du groupe, quelles sont ses expertises et ses limites).

La plupart des outils d’analyse de risques sont destinés à être mis en œuvre dans le cadre de groupes de travail. Leur utilisation par une personne seule est possible, mais risque néanmoins d’en diminuer la qualité étant donné que l’intérêt de ces outils réside en partie dans la confrontation d’avis et de remarques de personnes, de sensibilités et d’expertises différentes. Cette richesse de points de vue permet un examen aussi exhaustif que possible des situations dangereuses.

Les outils d’analyse de risques n’ayant d’autre but que celui de guider la réflexion menée au sein d’un groupe de travail, la véritable richesse d’une analyse de risques réside bel et bien dans les personnes réunies au sein de ce groupe. Au sein de l’équipe, il convient de distinguer les personnes assurant un rôle d’encadrement et d’orientation (responsable d’étude, secrétaire…) des autres membres du groupe de travail.

Contribution technique

L’équipe doit être pluridisciplinaire. Pour cela, elle doit être composée de spécialistes ayant la connaissance et l’expérience des systèmes à analyser. Chacun d’eux, malgré des objectifs et des contraintes propres à son domaine d’expertise, doit avoir le souci commun de réaliser et d’exploiter un système ou un ouvrage sûr.
À titre d’exemple, voici la composition habituelle des participants contribuant aux aspects techniques :

  • responsable du projet 
  • personne chargée de la sécurité des personnes (santé et sécurité au travail)
  • personne chargée de la protection de l’environnement
  • personne spécialiste du système, familière avec la conception
  • personne chargée de l’entretien
  • expert.e de l’automatisation et des systèmes de contrôle (si applicable)
  • personne travaillant en exploitation du système ou de l’ouvrage

La composition du groupe de travail est souvent fonction de l’installation étudiée. À ce titre, certains projets nécessitent de faire appel à des gens ayant des expertises particulières. Néanmoins, il faut garder à l’esprit qu’une équipe ne doit pas comporter plus de six ou sept personnes pour être efficace.

Encadrement

Les sessions de travail au cours desquelles le système ou l’ouvrage est examiné sont animées par le ou la responsable d’étude qui s’assure de la conformité et de la rigueur avec laquelle la méthode est appliquée. Idéalement, cette personne est accompagnée d’une personne chargée du rôle de scribe pour assurer la prise de notes.

Durant les sessions d’analyse, le ou la responsable d’étude joue un rôle clé. Il ou elle :

  • guide l’équipe en posant des questions systématiques
  • veille à faire participer tous les membres de l’équipe et à maintenir une ambiance sereine et une productivité maximale
  • se soucie d’obtenir un consensus en évitant d’être trop directif.ve

La rédaction du compte rendu de la séance et du résumé du travail réalisé par le groupe est effectuée par le ou la responsable d’étude et le scribe.

Préférablement, pour maintenir une indépendance quant aux résultats obtenus, le ou la responsable d’étude n’est pas directement impliqué.e dans le projet ou le système à l’étude. Cependant, en pratique, les rôles de responsable d’étude et de scribe ne se limitent pas à l’animation du groupe de travail. Grâce à leurs connaissances approfondies des situations accidentelles (causes, conséquences…) et des moyens d’y faire face, ces personnes sont souvent à même de participer efficacement à la réflexion. Ainsi, elles peuvent apporter des éléments complémentaires au groupe de travail dont les membres connaissent bien le système étudié, mais ne sont pas nécessairement familiers avec l’analyse de situations accidentelles.

Recueillir et préparer l'information requise (étape 4)

Il faut prévoir un délai assez important pour cette étape, car toutes les organisations n’ont pas une culture documentaire bien établie et même lorsque des documents existent, souvent ils n’ont pas été mis à jour au fil du temps. Il s’agit ici de répertorier, recueillir et, au besoin, mettre à jour l’information nécessaire pour être en mesure de réaliser une analyse des risques rigoureuse et complète.

Il peut être pertinent d’effectuer une visite détaillée des lieux lorsque l’objet de l’analyse est un ouvrage ou une installation physique.

Les documents à récolter peuvent notamment porter sur :

  • la définition du système à l’étude, comprenant (cliquez sur les éléments surlignés pour plus de détails) :

    • la description générale du systèmela description générale du système

      La description générale comprend notamment :

      - L’identification des fonctions du système étudié par des questions classiques du type « À quoi sert…? ».

      - L’identification parmi ces fonctions de celles permettant de caractériser les défaillances possibles du système. La défaillance d’un système peut être définie comme la cessation de l’aptitude d’une entité à accomplir une fonction requise. Selon le système étudié (unités de procédé, stockages…), une défaillance du système (perte de la fonction) n’induit pas automatiquement la possibilité d’un accident majeur. En revanche, l’identification des fonctions globales du système s’avère utile pour décrire par la suite la structure du système et les fonctions de chacune de ces composantes.

      - La définition de la structure du système visant à décrire les différents éléments qui le composent et plus précisément : leurs fonctions, performances et gammes de fonctionnements; leurs connexions et interactions et leur localisation respective. Cette étape permet également de réunir les plans, schémas de principe, schémas d’écoulement des installations et de s’assurer de leur mise à jour, le cas échéant.

      - La définition des frontières et interfaces à la fois physiques et fonctionnelles avec les systèmes apparentés.

    • les conditions de fonctionnement du systèmeles conditions de fonctionnement du système

      La description des conditions de fonctionnement vise à caractériser les différents états de fonctionnement du système et de ses composantes : arrêt, fonctionnement normal et remise en fonction après un arrêt court ou prolongé.

      Il est primordial de décrire le mode de gestion de transition du système ou de ses composantes depuis un état vers un autre. Il est indispensable d’identifier les procédures de conduite du système et les consignes spécifiques en cas d’événements non désirés.

      Pour les substances dangereuses, cette étape doit permettre de définir les conditions (phase, température, pression…) dans lesquelles ces substances se trouvent pour chacun des états de fonctionnement du système.

    • les conditions d'exploitation du systèmeles conditions d'exploitation du système

      Les conditions d’exploitation regroupent les éléments qui concernent les conditions de surveillance du système (alarmes, inspections, vérifications, tests périodiques) ainsi que les conditions d’intervention (entretien préventif, correctif).

      Les conditions à respecter pour exploiter le système sont énoncées sous forme de consignes d’exploitation.

    • la définition de l'environnement du systèmela définition de l'environnement du système

      L’environnement peut être une source d’agression pour le système, il peut donc être pertinent de :

      • recenser les possibilités d’agression associées à la présence d’équipements dangereux à proximité immédiate du système étudié, sur le site étudié ou sur des sites voisins (effet domino)
      • repérer la présence de voies de communication (routes, voies ferrées, couloir aérien…)
      • identifier les conséquences sur le système d’événements d’origine naturelle (conditions climatiques extrêmes, inondations, séismes, foudre)
      • caractériser la vulnérabilité des installations vis-à-vis des actes de malveillance

      L’environnement constitue généralement une cible pouvant être affectée par la défaillance du système étudié, il convient donc de :

      • repérer la présence d’infrastructures sensibles (ex. : autres équipements dangereux, hôpitaux, résidences pour aînés, casernes d’incendie, immeubles de bureaux, etc.) à proximité du système étudié
      • collecter les informations relatives à l’environnement naturel du site (données géologiques, hydrologiques, celles de la faune et de la flore)
    • la définition des flux d’énergie, de matière et d’information à travers les limites du système
  • les analyses de risque, les audits et les analyses d’accidents antérieurs
  • le manuel/plan de mesures d’urgence et autres plans de contingence
  • la description des mesures existantes de prévention, préparation, intervention, continuité et rétablissement des activités, sur les plans de communication et sur les divers mécanismes du système de gestion de l’organisation
  • les lois, règlements et normes applicables
  • les programmes de formation
  • les procédures d’exploitation

Établir les critères d'analyse (étape 5)

Pour hiérarchiser les risques et évaluer l’acceptabilité des risques analysés, on recourt à des échelles de cotation et une matrice de décision.

Le risque étant défini comme une combinaison de la probabilité et des conséquences d’un événement, deux échelles de cotation doivent donc être définies :

  • une échelle de cotation des conséquences
  • une échelle de cotation de la probabilité

Ces échelles doivent s’adapter à la réalité de chaque organisation ou au système analysé. Différentes catégories de conséquences peuvent être incluses dans l’analyse selon l’objectif et la portée de celle-ci.

À titre d’exemple, une échelle de cotation des conséquences et une échelle de cotation de la probabilité sont présentées ci-dessous.

Exemple d'échelle de cotation des conséquences

Exemple d'échelle de cotation de probabilité

Par la suite, une matrice de décision est établie, résultant de la combinaison des deux types d’échelles de cotation (probabilité et conséquences).

La matrice de décision vise à définir, avant le début de l’analyse, les zones d’acceptabilité des risques.
Selon chaque organisation, une certaine combinaison de probabilité et de conséquences pourra être jugée inacceptable tandis qu’elle pourrait être acceptable pour une autre. 

 
Exemple de matrice de décision

Le détail de l’utilisation de cette matrice est présenté aux pages Analyser les risques (étape 7) et Évaluer l'acceptabilité des risques (étape 8)

Les matrices de risques sont des outils largement utilisés dans le cadre des analyses de risques. D'autres outils existent et peuvent être utilisés. Certains de ces outils sont décrits dans la section Méthodes d'identification des dangers et d'analyse des risques.

Ressources

Une partie du contenu de la section Gestion des risques est tirée du cours « Gestion des risques pour ingénieurs et autres professionnels » de l'Université de Sherbrooke.

 

 

 

 



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Avertissement : Le Guide de pratique professionnelle constitue un outil de référence et d’accompagnement des ingénieurs au Québec. Il est une source d’information générale et ne constitue aucunement une opinion, un avis ou conseil juridique. Son contenu ne doit pas être interprété pour tenter de répondre à une situation juridique particulière.